13 janv. 2011

La recette des vœux 2011 à la Nation du Président de la République, Nicolas Sarkozy


      Les vœux du Président de la République sont un exercice de style bien rodé doublé d’une tentative d’imposer le sien, de style, et de se différencier de ses prédécesseurs. En soi, c’est une recette plutôt simple si l’on suit scrupuleusement les indications. Petite analyse de ce qu’on nous sert, juste pour savoir ce qu’on nous sert à 20h le 31 décembre.

Ingrédients : 1/3 de « crise », 1/3 de « réforme », 1/3 de « le passé c’est mort mais tout ira bien pour le futur ». Mélangez au shaker, adjoindre des « valeurs » pilées en vrac, saupoudrez de quelques fioritures pour la présentation et c’est prêt à être servi sur toutes les chaines de télé et sur Internet.
Suggestion de présentation : plan séquence plein cadre avec de légers focus à peine perceptibles pour les phases émotion.
Mise en garde pour les néophytes de la recette: risque d’indigestion ou de contusion intellectuelle si l’on ingère d’une traire, sans aucune précaution, l’ensemble de la décoction. 

      L’intérêt de comparer les vœux du Président de 2009 avec ceux de 2010 ne consiste pas de faire remarquer un manque totalement subjectif d’originalité ou d’inspiration dans le discours…bon, quoi que.  La mise en relation de ces deux interventions permet de saisir certains schémas de pensé politique, ces structures implicites qui se retrouvent dans le discours politique et qui indiquent les a priori, les usages, les manières de réfléchir et d’agir en politique.

L’immanquable : souhaiter les vœux pour la nouvelle année est hautement symbolique, il faut naviguer entre le bilan de l’année écoulée et la promesse de jours meilleurs. Logique que la trame centrale du discours recouvre l’opposition classique entre un passé difficile et la promesse d’un lendemain qui chante. La crise, toujours elle, déclinée à souhait, est source de souffrances et d’injustice : faire le bilan de l’année, soit, mais on axe les aspects négatifs sur des causes exogènes et universelles…nous n’y sommes pour rien ! Tout se passe comme si l’homme politique -luttant seul contre les aléas du monde, des turpitudes provenant d’on ne sait où (la crise certes, mais on retombe sur le problème de la poule et de l’œuf)- s’impose tel le superman de la plèbe pour nous sauver tous…au « nous » de la représentation nationale s’est substitué le « je » de l’homme d’exception…du « premier représentant national » cher à Pompidou.
2010 : « L'année qui s'achève a été difficile pour tous. Aucun continent, aucun pays, aucun secteur n'a été épargné. La crise économique a imposé de nouvelles peines, de nouvelles souffrances, en France comme ailleurs. Je pense en particulier à ceux qui ont perdu leur emploi. Cependant notre pays a été moins éprouvé que beaucoup d'autres. Nous le devons à notre modèle social qui a amorti le choc, aux mesures énergiques qui ont été prises pour soutenir l'activité et surtout pour que personne ne reste sur le bord du chemin. »
2011 : « L'année 2010 s'achève. Je sais qu'elle fut rude pour beaucoup d'entre vous. La crise économique et financière, commencée il y a 3 ans, a continué à faire sentir ses effets et nombreux furent ceux qui ont perdu leur emploi ce qui n'a fait qu'exacerber le sentiment d'injustice ressenti par des salariés qui n'étaient en rien responsables de la crise. »
Dans le sens du poil : comme au moment, tant redouté, de déballer le cadeau « à côté de la plaque » de tata Jacqueline, on répète d’années en années des compliments préconçus…souvent un peu trop poussés pour être crédibles, juste pour la forme. Que de compliments : « sang-froid », « courage », « sens/esprit des responsabilités », « maturité » et « intelligence collective » ; pour cette dernière j’ai légèrement l’impression qu’on nous prend pour un troupeau en pâturage qui vient d’éviter in extrémis le ravin. La rhétorique de la crise, du pire, du péril à ceci d’utile qu’elle permet de souder un groupe social, en substance : les difficultés que nous venons de subir nous ont rapproché car nous les avons surmontées ensemble. Passé ce lieu commun des roman arlequins, ce message de fraternité occulte simplement le fait que ce « nous », les français en somme, n’est pas homogène, loin de là ! Le pire n’est pas évité pour tous, certains ne l’on connu que de loin, voire que dans les médias alors que pour une foule hétérogène, ce « pire » est encore présent. C’est bien gentil de motiver les troupes mais faut pas non plus les prendre pour des buses…même si, c’est bien connu, les buses ont une forte « intelligence collective ».
2010 : « Je veux rendre hommage ce soir au sang-froid et au courage des Français face à la crise. Je veux rendre un hommage particulier aux partenaires sociaux qui ont fait preuve d'un grand sens des responsabilités, aux associations qui ont secouru ceux qui en avaient le plus besoin, aux chefs d'entreprises -- ils sont nombreux -- qui se sont efforcés de sauver des emplois. Ensemble nous avons évité le pire. »
2011 : « La France a pu affronter une réforme capitale sans violence et sans blocage grâce au service minimum qui a bien fonctionné et à l'esprit de responsabilité des Français qui savaient bien que ce rendez-vous pour douloureux qu'il fut était inéluctable. Je veux rendre hommage à leur maturité et à leur intelligence collective. »
Tempérons l’euphorie : l’opposition « on a évité le pire » et « le meilleur est sur son chemin » n’est pas absolue. De 2009 à 2010 et de 2010 à 2011, nous retrouvons le même discours qu’on peut résumer ainsi : c’était tendu l’année précédente, celle qui vient sera différente mais si ça va être un peu tendu quand même. Déjà, je ne sais plus à quel saint me vouer…, franchement c’est quand la bonne année, 2010, 2011 ou peut-être 2012 ? C’est sur que si un responsable politique national vous explique que tout va bien, que l’année qui vient de s’écouler était pépère et que celle qui vient promet pléthore de vin, de miel et de femmes, on risque de se demander à quoi il sert ! Donc 2010 était la galère, 2011 sera mieux mais pas trop quand même.
2010 : « Mes chers compatriotes, même si les épreuves ne sont pas terminées, 2010 sera une année de renouveau. »
2011 : « Et l'année 2011 s'annonce comme porteuse d'espérance. »
En France on n’a pas de pétrole mais on a des idées : pays des droits de l’homme avec un gouvernement qui ne met pas en place de politiques sectaires et qui n’est, grand dieu, jamais pointé du doit par les institutions internationales ni les ONG, le Président se doit, noblesse d’Etat oblige, de rappeler les valeurs fondamentales du mythe républicain. Petite évolution notable, en 2010 la France défendait ses valeurs, ses idées alors qu’en 2011 elle se défend elle-même…soit, elle est balaise ! Droits de l’Homme, gouvernance, protection de la planète… ne manque plus que « inconditional love and world peace » pour pouvoir recycler le discours en allocution de Miss France.
2010 : « Les idées que la France défend vont pouvoir s'imposer dans la recherche d'un nouvel ordre mondial : plus d'équilibre, plus de régulation, davantage de justice et de paix. Ces idées nous imposent un devoir d'exemplarité. »
2011 : « Elle [la France] défendra la France vigoureusement ses intérêts sans jamais renoncer à ses valeurs, quant au multilatéralisme, au respect des droits de l'Homme, au combat pour le développement et à l'impératif de la protection de notre planète. »

A mon tour je vous souhaite, chez compatriotes, une bonne année 2011…tout court

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