21 mars 2011

La poussée du FN : Marine devrait remercier Nicolas

Élue à la tête du Front National au mois de janvier 2011 et confirmée par les résultats du premier tour des élections cantonales, Marine Le Pen semble avoir trouvé la nouvelle stratégie électorale du parti pour 2012. Le positionnement du parti d’extrême droite est assez subtil : récupérer la base de l’électorale populaire esseulé depuis la perte de régime du Parti Communiste et profiter du regain de xénophobe porté par la majorité présidentielle. 

Vers un syndicat frontiste !

            Selon une information dévoilée par Europe 1, le Front National envisagerait de créer des organisations syndicales de défense des intérêts des salariés. Plan plutôt habile lorsqu’on sait que les plus hauts scores réalisés par le FN se situent dans les zones industrielles en déshérence économique. L’idée est simple : le FN veut s’imposer comme l’interlocuteur des populations salariales les plus pauvres et qui subissent le démantèlement, la délocalisation de l’industrie française. Marine à du cœur, elle pense aux métalos et autres industriels affectés par l’évolution de la structure économique et orphelins d’un parti de masse les représentants pour se positionner en tant qu’enfant illégitime de Georges Marchais de Pierre Poujade.

               S’imposer comme un interlocuteur politique et syndical pour les CSP les plus modestes tout en reprenant le discours anti-capitaliste formulé par l’extrême gauche dans les années 1980 n’est pas une tâche aisée. Il faut adapter la doxa frontiste aux groupes sociaux que le parti tente d’intégrer à sons électorat. La « préférence nationale », pierre angulaire des frontistes, tente ici un élargissement de sa doctrine vers les critiques formulées envers les banquiers et le secteur privé. Alors que le discours de FN se cantonnait à blâmer des étrangers imaginaires pour expliquer le chômage, le parti développe des pensées économiques et sociales et ne se limite plus à traque le non 100% gaulois. 
 " À chaque fois qu’un secteur est transféré du public vers le privé, cela se traduit par une régression de l’égalité et par une explosion des coûts. Je suis donc pour un service public des transports, de l’éducation, de la santé, des banques et des personnes âgées. Et je suis également pour l’intervention de l’État dans des secteurs stratégiques : énergie, communications, télécommunications et médias. Je réfléchis par ailleurs à une révolution fiscale qui rétablirait notamment l’équilibre entre le capital et le travail. "
            Certes Marine Le Pen est plus tempérée –dans se propos- que son Père, certes elle ne traine pas les mêmes casseroles que lui, mais cela ne fait pas tout. Ce positionnement de FN en tant que parti politique avec un programme global (le FN sort de son champ d’origine, contrairement à d’autres partis comme Europe Ecologie-Les Verts qui n’ont pas encore développé de politiques sociales ou économiques claires et restent cloitrées dans la sphère de « l’environnement ») doit beaucoup à l’UMP et à Nicolas Sarkozy !

Se concentrer sur le vote ouvrier car l’UMP attise la vote xénophobe

          Le déplacement du discours du FN vers celui de l’extrême gauche n’a été possible que parce que d’autres hommes politiques entretiennent et créent des haines entre les populations. Immigrations incontrôlées, pratiques sectaires de l’Islam, zones de non droit, port de la burqua, polygamie, fast food hallal, etc. tous ces totems de la peur de l’étranger, de l’inconnu, du différent sont le cheval de batail du Président Nicolas Sarkozy et de ses fidèles. Alors que la majorité présidentielle s’occupe d’alimenter ces clichés, Marine Le Pen a tous le temps de se concentrer sur l’élaboration d’un projet économique et social. 
"Aucune grande vision, aucune solution, comme si Nicolas Sarkozy était vaincu en quelque sorte. Vaincu parce que soumis à la mondialisation, à laquelle il veut adapter la France. C'est ça qu'il nous a expliqué [...] C'est un vrai sentiment d'inquiétude qui doit saisir aujourd'hui les français parce que il n'y a pas de vision et il n'y a pas de volonté de sortir du système actuel qui est un système mortifère pour notre économie". 
          Pour ne pas oublier les fondamentaux, elle rappelle, au gré des turpitudes racistes de la majorité qu’ils posent les vrais problèmes mais n’y répondent pas de manière assez stricte ! Lors de débats, abjectes, sur la déchéance de nationalité, Marine Le Pen avait alors expliqué que le FN soutenait cette législation depuis plusieurs dizaines d’années…et lorsque la majorité parlementaire, menée à l’époque par Copé, hésitait à s’embarquer derrière le gouvernement, c’est Marine Le Pen qui avait surfé sur ce débat, sans l’avoir lancé, tout en stigmatisant l’inaction de Sarkozy et en en profitant pour ressortir ses sempiternelles critiques envers l’ordre établi. D’une pierre deux coups !


            Ingénieux et abjecte, le positionnement du FN en parti sérieux et fréquentable tient à ce double mouvement : une radicalisation de l’UMP exprimant une xénophobie tous azimuts (touchant même certains citoyens européens en les privant des dispositions de Schengen) et un redéploiement frontiste vers les classiques du vote ouvrier et les questions sociétales. Quoi de plus confortable pour le FN que de ne pas être à l’origine des débats/polémiques racistes (Besson, Hortefeu et Co. ont été nettement plus critiqués que les membres du FN) et de les récupérer quand ils échappent au contrôle de la majorité présidentielle !? 

          En sachant ça, on comprend l’habileté de la présidente du FN lorsqu’elle a donnée à Claude Guéant une carte honorifique du FN pour ses propos tenus sur le « sentiment  de ne plus être chez soi » à cause de l’immigration ! Tel est pris qui croyait prendre !

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